Début février, je me suis rendu à l’ESG afin d’assister à une conférence concernant l’avenir du MMA en France. Présent pour répondre aux différentes questions posées, Damien Lapilus, combattant professionnel français évoluant au sein de la MMA Factory, et Patrick Wincke, le directeur technique de la Fédération française de boxe.

C’est le jeudi 28 février, dans l’amphithéâtre de l’ESG, que Damien Lapilus et Patrick Wincke ont répondu présent, afin de s’exprimer sur l’avenir du MMA en France. Pour ceux d’entre vous qui ne le connaissent pas, Damien Lapilus est un combattant professionnel de MMA Français, évoluant actuellement dans les rangs de l’organisation Canadienne TKO, et s’entraînant aux côtés de Fernand Lopez à la MMA Factory. Patrick Wincke est lui le directeur technique de la Fédération française de boxe, ayant été chargé d’effectuer un rapport sur la pratique du MMA en France, pour le ministère des Sports. 

Nous vous proposons de retrouver l’ensemble des sujets qui ont été traité lors de cette conférence ci-dessus, ainsi que les réponses détaillées de Damien Lapilus et Patrick Wincke. 

Que représente le MMA ?

Damien Lapilus : Au-delà de l’aspect sportif, le MMA véhicule des valeurs humaines. On respecte les combattants. Un beau combat se fait à deux. Sans adversaire, on ne peut pas briller. Sans ton adversaire, rien ne se passe. Voilà ce que le MMA devrait inspirer aux gens. 

Patrick Wincke : Malheureusement, ce sport souffre d’une mauvaise image, à cause du peu d’encadrement au début, avec le free-fight. Ceux qui ne veulent pas que le MMA soit légalisé se basent sur cet argument. En menant mon étude j’ai été surpris de me rendre compte que le MMA comprend surtout des pratiquants amateurs, loisirs, dont beaucoup de jeunes. Si cela est organisé, c’est qu’il y a un certain nombre de valeurs, une pédagogie. C’est un mélange de sport, mais également un sport à part entière. 

Pourquoi la pratique est interdite en France ?

Damien : C’est un sujet un peu ‘touchy’. L’arrivée du MMA en France a été bloquée par d’autres fédérations. Il y a eu une désinformation totale. Les détracteurs avancent que tous les coups sont permis, ce qui est entièrement faux. Le MMA a débuté en tant que divertissement, mais aujourd’hui, c’est une tout autre chose. Il y a des gants, des protège-dents, des règles, c’est un sport. C’est même l’un des sports de combat les plus contrôlés au monde. Nous espérons pouvoir faire avancer les choses.

Patrick : La raison principale, qui a donné lieu à la création du décret concernant l’interdiction du MMA en France, c’est le fait que l’intégrité physique d’un individu puisse être mis à mal. Le décret repose uniquement là-dessus. La fédération de judo s’est toujours montrée très opposé à la légalisation du MMA. Le rapport que j’ai mené a démontré que le MMA était un phénomène très important en France. Nous devrions donc nous pencher sur la question pour prendre une décision objective. Il y a une forte hypocrisie en France autour de ce sujet. Tout le monde semble vouloir l’interdire, mais tout le monde s’y intéresse également. Par exemple, le karaté s’oppose à la création du MMA, mais de l’autre côté, on voit la création d’un karaté combat. 

Damien : Le paradoxe est le suivant, le MMA est interdit en France, pourtant on peut légalement s’entraîner. Cela n’a pas de sens. 

Faut-il créer une fédération pour le MMA ?

Damien : Le problème, c’est que le système actuel tend à aller vers la suppression de fédération, plutôt que vers la création. Pour que la légalisation se fasse vite, il faudrait que le MMA s’affilie à une fédération déjà existante, qui est habituée à organiser des combats professionnels. Désormais, le judo retourne un peu sa veste et se propose d’organiser des combats de MMA. Tout le monde va vouloir sa place une fois que le MMA sera légalisé. Quelle fédération ? De mon point de vue, nous avons besoin de personnes capables d’organiser des combats professionnels. Il faut avoir de l’expérience. 

Patrick : L’air du temps est effectivement aux regroupements de fédérations. Le modèle économique change, avec moins de dépendances de l’Etat sur les fédérations. Au départ, il n’y avait que trois fédérations intéressées pour récupérer le MMA en cas de légalisation. Désormais, nous assistons à un phénomène de rattrapage. 

Damien : De grandes organisations veulent venir organiser en France. Est-ce qu’une organisation française va voir le jour, je ne sais pas, mais c’est possible. 

Pourquoi la fédération française de boxe est-elle prête à accueillir le MMA ?  

Patrick : Nous sommes les plus proches en ce qui concerne l’organisation de combats professionnels. Nous avons de l’expérience. L’UFC pourrait, à l’avenir, devenir un partenaire financier, ils peuvent nous apporter beaucoup. 

Et concernant le changement de statut pour les sportifs ? 

Damien : Clairement, il y aura des changements importants. Dès aujourd’hui, on a des partenaires qui veulent nous aider, mais ne peuvent pas le faire comme ils le souhaiteraient, car le MMA n’est pas encore légal en France. Les gens attendent la légalisation. Une fois le sport légalisé, nos partenaires nous apporteront de la visibilité, et nous de même. La visibilité appelle la visibilité. Je pense que ça sera une bonne chose pour tout le monde. 

Dans ce processus de légalisation, les médias sont-ils bienveillants ?  

Damien : Ça dépend. Certains essayent de rétablir l’image du sport, d’autres de la salir. Certains médias ne parlent que du MMA comme un sport mauvais, en parlant des combats clandestins et autres choses qui ne sont en aucun cas liées avec le MMA. 

Patrick : Les médias attendent également la légalisation avec impatience. 

Pour légaliser le MMA, faut-il sensibiliser dans un premier temps les institutions responsables de son interdiction, ou dans un premier temps le grand public ? 

Damien : C’est difficile de changer les mentalités, car le MMA est encore interdit. C’est un sport compliqué, mais il faut communiquer sur le fait que c’est un sport comme les autres.  

Patrick : La démarche pédagogique ne sera plausible que lorsque le sport sera légalisé.